LES MINARETS ET LES IMMIGRÉS DANS LA LIGNE DE TIR DE L'UDC.
Bernard Wuthrich, Le Temps, 23.10.06

A Fribourg, les démocrates du centre retrouvent un Christoph Blocher survolté et approuvent un programme électoral qui veut abolir la Commission fédérale contre le racisme.

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Interdiction des minarets, suppression de la norme pénale antiraciste et de la Commission fédérale contre le racisme (CFR), naturalisations par le peuple, refus du passeport suisse aux personnes touchant des prestations sociales (chômage, invalidité, aide sociale), refus de l'aide sociale pendant au moins trois ans pour les immigrants, rejet du droit de vote et d'éligibilité des étrangers. Ceux qui pensaient que le durcissement du droit d'asile et des étrangers, accepté par le peuple le 24 septembre, priverait l'UDC d'un de ses principaux chevaux de bataille en vue des élections fédérales de 2007, se sont lourdement trompés.

Liberté d'expression

C'est exactement le contraire qui se produit et, sur ce point, l'actualité sert le parti de Christoph Blocher. Celui-ci y contribue d'ailleurs activement, puisque c'est lui-même qui a initié le débat sur la norme pénale sanctionnant les propos racistes et la négation de génocides. Samedi à Fribourg, lors de l'assemblée des délégués consacrée au programme électoral du parti, le conseiller fédéral ne s'est pas privé, devant un public totalement acquis à sa cause, de revendiquer sa liberté d'expression. «J'ai dit des dizaines de fois en Suisse que je voulais revoir cet article du Code pénal, mais personne ne l'a relevé. Alors je suis allé le dire à Ankara, mais on me conteste le droit d'expliquer que cet article me donne mal au ventre», s'emporte-t-il devant une foule en délire. La suppression de la norme pénale ne figurait pas expressément dans le programme électoral. Mais elle y a été rajoutée sans grande difficulté, à l'initiative de la déléguée zurichoise Theres Weber-Gachnang, qui, dans la foulée, a proposé d'ajouter l'abolition de la CFR. «Trouvez-vous normal que son président, le professeur Georg Kreis, nous dise ce que nous avons le droit de penser?» s'est-elle interrogée, déclenchant un tonnerre d'applaudissements.

L'UDC veut aussi empêcher l'apparition de minarets en Suisse. «Ce sont les symboles politiques du pouvoir de l'islam. A l'obstination de la communauté musulmane à vouloir les imposer en Suisse, il faut opposer un autre symbole: un âne», s'emporte le vice-président des Jeunes UDC bernois, Patrick Freudiger, qui mène la fronde contre l'érection d'un minaret dans sa ville de Langenthal. «Il faut rejeter clairement les revendications religieuses à caractère politique, surtout lorsqu'elles viennent de groupements qui ont des prétentions de pouvoir en Suisse», renchérit le conseiller national Ulrich Schlüer. Son collègue Hans Fehr a convaincu l'UDC de s'opposer à l'octroi de l'aide sociale aux migrants arrivés en Suisse depuis moins de trois ans. Il a cité en exemple l'Australie, qui barre l'accès aux prestations sociales étatiques aux nouveaux arrivants. C'est l'un des très rares points du programme électoral à avoir engendré un semblant de discussion. Le conseiller national vaudois Guy Parmelin a affirmé que cette disposition n'était pas applicable en pratique. En vain. Pris dans un élan de défiance envers les étrangers, les délégués ont massivement soutenu Hans Fehr.

Très marqué par l'actualité politique immédiate alors qu'il prétend être le fil conducteur de l'UDC pour la prochaine législature, le programme électoral, baptisé «Ma maison - notre Suisse» et brandissant ostensiblement la croix blanche sur fond rouge, prend ainsi clairement l'immigration comme cible et s'engage à fond pour une liberté d'expression sans limite. Celle-ci comprend, selon le père spirituel du programme électoral, le conseiller national Christoph Mörgeli, «le droit de la négation».

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